[Unilend] Interview exclusive de Nicolas LESUR son fondateur

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J’ai eu l’occasion de rencontrer Nicolas LESUR,  fondateur de Unilend, lors de la fête du crowdfunding du 6 juin dernier. Nous avons pu échanger sur le crowdlending en général mais aussi sur Unilend et ses choix de ne pas communiquer sur le forum, sur le processus de sélection des projets, le calcul du taux d’incident de remboursement, … Nicolas a accepté de répondre à mes questions, qui sont aussi certainement les vôtres 😉

Certaines plateformes communiquent individuellement auprès de prêteurs ou sur des forums comme le mien. Pourquoi vous ne le faites pas ?

Nous répondons chaque jour à plusieurs dizaines de demandes individuelles de prêteurs par mail, par téléphone et sur les réseaux sociaux mais nous avons effectivement fait le choix de ne jamais intervenir sur les forums. Pourtant, je vous avoue que, parfois, ça nous démange !

Je pense qu’il faut distinguer ce qui relève du fonctionnement d’Unilend et ce qui relève des projets. Pour tout ce qui relève du fonctionnement d’Unilend, nous avons mis en ligne dès l’origine des réponses aux questions fréquentes et précisé les règles d’Unilend sur une page spécifique. D’ailleurs, ces pages évoluent régulièrement lorsque de nouvelles questions apparaissent ou que des précisions sont nécessaires. Et nous répondons bien entendu systématiquement aux questions par téléphone, par mail et sur les réseaux sociaux. Enfin, nous consacrons tous les samedis une rubrique spécifique de notre newsletter aux questions les plus posées.

Les informations concernant les projets relèvent d’une autre logique. Dans ce cas, nous nous interdisons de communiquer via des canaux de communication qui n’assurent pas le contact avec l’ensemble des prêteurs concernés.

Pourquoi ? Parce que nous construisons une place de marché. Or, l’une des clés du bon fonctionnement d’une place de marché repose sur l’égalité des prêteurs. C’est pour cela, par exemple, que nous avons mis en place un carnet d’ordres public avec des règles précises qui permettent à chacun de participer en toute transparence.

Et c’est pour cela, aussi, qu’Unilend s’interdit de publier des informations concernant les projets sur les forums ou sur les réseaux sociaux. Pour une raison simple : ces derniers ne sont suivis que par un nombre restreint de prêteurs, et souvent difficilement identifiables en raison de l’usage de pseudonymes. Les informations données sur les projets pendant la période de souscription sont donc exclusivement disponibles sur le site unilend.fr. Surtout, elles sont les mêmes pour tous : aucun prêteur ne peut prétendre obtenir d’information privilégiée.

De même, après une souscription, les informations relatives au projet financé sont communiquées exclusivement aux prêteurs concernés, par courrier électronique. Elles sont les mêmes pour tous : à nouveau, aucun prêteur ne peut prétendre obtenir d’information privilégiée. Unilend ne publie donc, là encore, jamais d’information concernant les projets financés par son intermédiaire sur les forums ou sur les réseaux sociaux, ces derniers n’étant pas suivis par toutes les personnes ayant prêté et pouvant être suivis par des personnes n’ayant pas participé à ces projets.

Ce fonctionnement s’inspire des marchés réglementés comme la bourse. Même si Unilend n’est pas un marché réglementé au sens strict, cela nous semble être une pratique de bonne conduite vis-à-vis de notre communauté.

Enfin, et cela me semble très important, nous évitons de communiquer des informations partielles ou que nous n’avons pas pu vérifier par nous-même, auprès de l’emprunteur par exemple. Cela prend parfois du temps mais cela nous semble essentiel pour communiquer des informations avérées.

Nous ne sommes pas là pour « vendre » un projet, sinon nous serions une banque d’affaires, ni pour investir l’argent des prêteurs, sinon nous serions un gérant de fonds. Nous sommes là pour assurer que les relations entre les prêteurs et les emprunteurs soient équitables, chacun étant responsable de ses choix, in fine.

Vous donnez une grande importance à la diversification des projets. Quel est votre point de vue sur cette notion qui permet de limiter le risque ?

Au-delà du risque de non-remboursement, c’est en effet le point le plus important pour bien prêter et c’est pour cela que nous précisons partout : « répartissez bien vos prêts ».

Pour aller à l’essentiel, il faut d’abord diversifier avant de sélectionner, et surtout pas l’inverse. L’objectif doit être d’atteindre au moins 100 voire 200 prêts pour que les défauts deviennent une statistique et non une balle dans un barillet de roulette russe.

Pour vous donner un chiffre explicite, un portefeuille de 100 prêts amortissables mensuellement sur une durée moyenne de 48 mois et dans lequel chaque prêt serait du même montant avec un taux d’intérêt de 9%, peut « encaisser » 16 défauts complets (c’est-à-dire 16 prêts qui ne rembourseraient aucune échéance) avant d’avoir un taux de rendement interne égal à 0,16% annualisé avant impôts. Avec 17 défauts complets, ce taux passe à -0,42%. Autrement dit, ce portefeuille de 100 projets peut, avant fiscalité, encaisser 16 défauts complets sans qu’il n’y ait de perte de capital. Bien sûr, ce chiffre est mathématiquement le même pour un portefeuille de 25 prêts et 4 défauts complets mais si vous n’avez que 25 prêts, alors que vous auriez pu en avoir 100, vous risquez que les défauts soient plus concentrés sur votre portefeuille.

Pour illustrer mon propos, je peux vous donner deux exemples réels de prêteurs d’Unilend qui ont eu accès tous les deux à plus de 100 projets depuis qu’ils se sont inscrits. L’un d’eux a prêté à 111 entreprises à 7,92% en moyenne le même montant de 20 euros, l’autre a choisi de ne prêter qu’à 29 entreprises des montants inégaux mais à un taux moyen de 9,56%. Le premier est impacté par 4 défauts, le second par 3 défauts. Si l’on considère l’hypothèse pessimiste selon laquelle aucune des sociétés en défaut ne remboursera plus le moindre centime, le taux de rendement interne du premier est de 6,16%, celui du second est un taux négatif de -0,04%. Dans le premiers cas, le coût du risque annuel est de 1,76%, dans le second cas il est de 9,6%.

N’oublions pas, en effet, que la diversification nécessaire d’un portefeuille de prêts répond à une logique très différente d’un portefeuille boursier. En bourse, 25 titres représentent une bonne diversification ; au-delà, la diversification réduit peu le risque car les actions sont souvent assez corrélées entre elles, à la hausse comme à la baisse. En revanche, si l’une d’elles vient à doubler de valeur, l’impact positif sur la performance du portefeuille sera plus fort si le portefeuille contient 25 lignes plutôt que 100.

Pour un portefeuille de prêts, le gain est borné au taux d’intérêt. Il ne sera jamais plus élevé. L’objectif n’est donc pas que la hausse soit visible mais que la baisse soit amortie : il faut réduire l’impact des pertes plutôt que maximiser celui des gains. Par conséquent, plus le portefeuille est diversifié, plus la statistique prend le dessus sur le choix individuel qui peut être heureux (mais n’apportera pas plus de gain avec 25 qu’avec 100 lignes) ou malheureux (et qui donc impactera quatre fois plus un portefeuille de 25 lignes que de 100). Nous présentons sur le site des simulations pour expliquer l’importance de la diversification : https://www.unilend.fr/comment-repartir-ses-prets.

En résumé, il faut d’abord diversifier avant de sélectionner.

Pourriez vous nous détailler votre processus de sélection des dossiers ?

Les dossiers passent par de nombreux filtres d’un processus très sélectif car nous devons éviter ce que l’on appelle l’effet d’aubaine : lorsqu’un nouvel intervenant dans le financement arrive, les premiers à le solliciter sont bien entendu ceux qui ont essuyé de nombreux refus. Par ailleurs, nous devons gérer ce que l’on appelle l’asymétrie d’information : un chef d’entreprise en saura toujours davantage sur sa PME que tout analyste ou observateur extérieur.

En moyenne, seules 2% des entreprises qui se présentent voient leur projet proposé en ligne à la communauté des prêteurs. Une première sélection automatique fondée sur un algorithme propriétaire permet d’éliminer les deux tiers des entreprises, par exemple parce qu’elles sont trop jeunes ou parce qu’elles présentent des comptes très dégradés.

Une deuxième sélection, fondée exclusivement sur des critères financiers, permet de ne présenter aux analystes financiers que les dossiers les plus solides. Nous regardons les ratios classiques de l’analyse financière (capacité d’autofinancement, taux d’endettement, etc). Les analystes, à leur tour, sélectionnent une petite fraction des dossiers qu’ils présentent à un comité de risques après avoir rédigé une synthèse argumentée sur le projet. Chaque entreprise est analysée selon plusieurs critères qui prennent en compte la performance financière de l’entreprise, le marché de l’entreprise, l’équipe dirigeante et les notations externes à l’entreprise. Le comité des risques ne retient que les projets qu’il juge les plus convaincants.

Nous présentons sur le site ce processus de sélection : https://www.unilend.fr/comprendre-la-note-unilend

Vérifiez vous l’utilisation des fonds ? Comment vérifiez-vous la véracité des comptes quand la société ne les publie pas ?

Non, nous ne vérifions pas formellement l’utilisation des fonds. Nous étudions en amont la nature du besoin pour comprendre s’il est justifié, cohérent et à quoi va servir l’argent emprunté. Il arrive d’ailleurs régulièrement que la demande de financement soit réduite en accord avec l’emprunteur pour la rendre plus conforme aux besoins ou à la capacité de remboursement.

La publication des comptes au greffe du Tribunal de commerce n’est pas une attestation officielle. Ce n’est pas la même chose que les comptes audités et publiés des sociétés cotées en bourse. De très nombreuses PME choisissent de ne pas publier leurs comptes, souvent pour des raisons concurrentielles.

Pour beaucoup d’entre elles, venir solliciter un financement sur Unilend implique ainsi de rendre publics leurs comptes. Chaque emprunteur, qu’il publie ses comptes ou pas, doit donc nous fournir les liasses fiscales qu’il dépose auprès de l’administration pour les trois dernières années : ce sont ces informations qui sont présentées aux prêteurs. Nous recueillons toujours les documents comptables auprès de l’entreprise. C’est essentiel car les comptes figurant sur Infogreffe et les multiples bases de données sont saisis à partir de ces mêmes documents mais manuellement : du coup, ils comportent parfois des erreurs, je dirais dans 5% des cas.

Enfin, je rappelle une des caractéristiques propre au bon de caisse imposée par le code monétaire et financier : sur chacun d’eux figure le dernier bilan qui est certifié sincère par le gérant, ce qui l’engage légalement.

Les prêteurs s’interrogent sur les statistiques affichées sur votre site, notamment les non-remboursement. Sans rentrer dans le détail, pourriez vous nous éclairer sur la méthode de calcul ?

Nous présentons effectivement une page « statistiques » détaillée et je crois que nous sommes les seuls à le faire. Concernant les incidents de remboursement, nous présentons deux pourcentages:

  • Le premier est calculé en additionnant le capital de l’ensemble des échéances en retard (c’est-à-dire, des échéances dont la date est dépassée mais n’ont pas été honorées à ce jour) à l’ensemble du capital restant dû par les sociétés en liquidation judiciaire (le capital échu et le capital non échu) et en divisant par l’ensemble du capital restant dû de l’ensemble des projets financés sur Unilend. Il s’agit donc de l’ensemble des retards constatés ou définitifs (liquidation) divisé par le capital restant dû de l’ensemble des prêts.
  • Le deuxième pourcentage s’obtient de la même manière, mais en ne considérant, pour les échéances en retard, que les échéances en retard de paiement depuis plus de 2 mois.

Fondamentalement, il ne faut pas oublier qu’il convient de ne pas mélanger le stock et le flux. La rentabilité s’entend annualisée sur la durée des emprunts qui est en moyenne de 48 mois. Chaque année, le rendement s’applique au capital restant dû : il faut donc lisser le capital en défaut sur la même durée pour obtenir le vrai coût du risque.

Merci Nicolas pour toutes ces précisions !

Je vous propose de réagir à cette interview à cet endroit sur le forum Unilend

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