Le crowdlending sur France Inter dans l’émission « On n’arrête pas l’Eco »

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Un reportage consacré au crowdlending (9 minutes tout de même) a été diffusé sur France Inter le samedi 17 septembre 2016. La journaliste Sophie Delpont a interviewé 4 acteurs de ce mode de financement alternatif pour l’emission « On n’arrête pas l’eco ».

Le Podcast à écouter

 

 

On peut y entendre :

  • Patrick MARUEJOULS, un prêteur
  • Olivier GOY, Lendix
  • Marc ANDRIES, ACPR
  • Mathieu GEORGE, Crowdlending.fr

 

Le reportage

Les particuliers qui prêtent aux entreprises, ça se passe sur internet. Il y a une quinzaine de sites et dans un monde de taux zéro, on rencontre de plus en plus d’épargnants alléchés par la rentabilité affichée. Crowdlending, ça se dit aussi finance participative, ses promesses et ses risques. Écoutez l’enquête de Sophie Delpont.

On n’arrête pas l’éco sur France Inter. Alexandra Bensaid.

 

Patrick, le témoignage d’un prêteur

P : Donc là, on est sur la plateforme. Voilà, le solde que j’ai sur mon compte. Je m’appelle Patrick, j’ai 34 ans. Je suis gérant d’une société qui fait du conseil en innovation et en design.

S : Et donc là, vous pouvez nous dire donc dans combien de projets vous avez investi, donc, le montant total. Enfin, ce qu’on voit là sur votre page d’investisseurs.

P : Alors, le résumé. Donc, j’ai prêté à 40 projets depuis le lancement, j’ai prêté au total 5960 euros ce mois-ci, donc, j’ai perçu 134 euros, et donc, en fait, j’ai un solde aujourd’hui de 195 euros que je vais réinvestir. Le taux de rentabilité moyen, il est de 6,41, ce qui est plus intéressant que tout ce qu’on peut trouver ailleurs sur des placements dits « classiques ».

S : Oui, mais il faut quand même garder en tête que les intérêts sont soumis à l’impôt Patrick. Mais, enfin, commençons par le début. Le crowdlending, comment ça marche ?

P : En gros, on joue le rôle de la banque. Donc, on se met à X dizaines, centaines de personnes, pour prêter aux entreprises. Donc, ça veut dire, divisé en prêt, en pleines petites parts, et on dilue le risque, en fait, entre tous les prêteurs. Je prête à énormément de projets des très faibles montants.

S : Quels types de projets ?

P : Ça va de l’immobilier à l’ouverture d’un restaurant, l’achat de machines-outils, il n’y a pas de traits communs entre les projets. Ce qui m’amuse en fait, c’est le projet du coin de la rue. Donc, le restaurant qui va s’acheter un nouveau four, l’hôtel qui va rééquiper ou qui va faire son ravalement de façade. On parle d’économie réelle. Là, on la touche du doigt. Enfin, c’est, les prêts, quand on regarde les sujets précisément, ce n’est jamais flou. Enfin, c’est toujours Mr Martin cherche à emprunter 150 000 euros pour refaire la cuisine de son restaurant, parce qu’elle n’a pas été refaite depuis 20 ans, et qu’il doit faire la mise aux normes. Enfin, c’est du concret et quotidien.

S : Au niveau du rendement, c’est intéressant aussi.

P : Oui, l’autre point, c’est un rendement qui est bien plus intéressant que les autres types de placements. Moi, sur les projets auxquels j’ai prêté, ça oscille entre 4 et 9 %. On se prend vite au jeu en fait. Il y a un côté assez heu, je veux dire ludique, il ne faut pas se tromper hein, ça reste de l’argent, et ça reste un placement, donc il ne faut pas faire n’importe quoi. Mais, on se prend rapidement au jeu, et après, je pense qu’il y a des fins. C’est comme pour tout, il y a des profils d’investisseurs qui mettent de l’argent sur trois projets. Ça n’a pas été mon choix, je pense que prêter un peu de projets, c’est le risque le plus gros qu’on puisse prendre.

 

Olivier GOY, le témoignage d’un fondateur de plateforme

O : Bonjour, Olivier Goy, fondateur de Lendix. C’est une plateforme de prêt aux PME.

S : Comment ça fonctionne ?

O : C’est très simple. Ça permet à des investisseurs privés et institutionnels de prêter en direct de l’argent à des entreprises. On s’est créé au mois de septembre 2014. On a fait notre premier prêt au mois d’avril 2015, et depuis, on a prêté 33 millions d’euros à une grosse centaine d’entreprises de toute taille. Et, c’est une croissance d’à peu près 30 % par mois. Donc, très très dynamique. Les taux, ils vont de 4 à 9 % sur des durées qui vont de 3 – 6 mois, des durées courtes jusqu’à des durées qui vont jusqu’à 7 ans. Et, c’est vous qui choisissez en tant que prêteur particulier là où vous avez envie de prêter. Donc, vous pouvez déjà cibler le rendement qui vous intéresse en fonction du risque qui vous intéresse. Bien évidemment, une entreprise qui emprunte à 9 % est une entreprise plus risquée que celle qui emprunte à 4. Donc, c’est vous qui faites votre propre mix. Si vous aviez choisi d’arriver sur Lendix, et de prêter à l’ensemble des projets présents sur la plateforme, peu importe le risque, peu importe la durée, vous êtes à un taux moyen qui est de l’ordre de 6,17 %, si vous avez pris l’ensemble de ce que l’on a proposé. Alors, ce qui est très drôle, c’est qu’on a des entreprises vraiment de toute taille, que ça va à une entreprise qui a trois salariés comme 1800 salariés, ça va à une entreprise qui fait 400 000 euros de chiffre d’affaires. Donc, c’est peu de chiffre d’affaires, puisqu’il y a des entreprises qui font 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, et ce qu’ils ont en point commun en revanche, c’est que ce sont toutes des entreprises rentables. Ce sont des entreprises qui sont d’ailleurs souvent financées par le système bancaire traditionnel, mais qui viennent chercher chez nous un complément au système bancaire.

S : Et, qu’est-ce qu’elles viennent trouver chez vous ?

O : Alors, les taux sont plus élevés que les taux bancaires. En fait, ce qu’elles viennent chercher chez nous, c’est deux choses principales, dont la première, c’est la vitesse de décision. Quand elles viennent sur Lendix, elles ont une réponse en 48 heures. Ça, c’est absolument non vu dans le système bancaire traditionnel. Et la deuxième chose, elles viennent emprunter en confiance. En confiance, ça veut dire quoi, c’est-à-dire que quand on fait un prêt à une entreprise, on fait un prêt sans demander de caution, de garantie, covenant ou de clause technique compliquée. Donc, vraiment, on analyse l’entreprise, et à partir du moment où on fait confiance, l’entreprise obtient son argent et son prêt.

S : Quel est le taux de défaut de Lendix ?

O : Alors, pour l’instant, sur 120 et quelques projets, on n’a que deux projets, qui, à un moment donné, ont présenté un retard de paiement dans une échéance. Et pour l’instant, aucun client n’a encore perdu de l’argent sur Lendix. Mais, on sait mécaniquement, et on explique aux clients que ça arrivera fatalement au bout d’un certain temps.

S : Alors, le conseil, c’est de diversifier au maximum ses investissements. Prêter peu d’argents à plusieurs projets pour répartir, diluer de cette manière le risque et les éventuelles pertes en cas de problème. Et, maintenant, comment sont contrôlées ces plateformes ? Eh bien, c’est le rôle de l’ACPR, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution. Je vous y emmène, c’est à Paris, dans le 9e arrondissement, et Marc Andries y est chargé de la protection des investisseurs.

 

Marc ANDRIES, le témoignage d’un représentant des autorités de tutelle

M : Quand vous prêtez de l’argent sur une plateforme de financement participatif, votre placement n’est bien entendu, pas garanti.

S : Et, pourquoi bien entendu ?

M : Les pouvoirs publics ont mis en place une règlementation qui est souple. L’idée, c’était de permettre le développement de la finance participative sur de bonnes bases, mais sans la brider. Donc, d’un côté, il n’y a pas eu d’obligation, de conseil ou de mise en garde tels qu’en ont d’autres acteurs du secteur financier, mais en contrepartie, pour limiter les risques pour le grand public, il y a eu l’instauration des fameux seuils. Et donc, en tant qu’internaute, vous ne pouvez pas prêter pour un projet plus de 1000 euros, seuil qui va être prochainement porté à 2000 euros. Donc, c’est un peu un équilibre. D’un côté, l’internaute a des informations, et il prend sa décision seul, mais en contrepartie, on limite la prise de risque par projet.

S : Comment faire son choix entre les plateformes et les projets ? Sur internet, je tombe sur le forum spécialisé crowdlending.fr. Quels sont les risques réels de ces prêts participatifs aux entreprises ? Écoutez la réponse de Mathieu George, c’est lui qui pilote ce blog de conseil financé par toutes les plateformes de crowdlending.

 

Mathieu GEORGE, le témoignage de votre serviteur 😉

M : Ah, il ne faut pas se le cacher. Les risques sont très importants, puisqu’aujourd’hui, un prêteur qui prête à une entreprise peut tout perdre. Si cette entreprise fait faillite par exemple, et que ce prêteur a investi 100 euros ou 1000 euros, il aura très peu de chance de revoir son argent. Alors, ce qui est assez particulier aujourd’hui, c’est qu’il y a des défaillances, parce que l’entreprise est liquidée ou elle est un redressement judiciaire, donc, ça, ça peut se comprendre. Mais, aujourd’hui, on connait des défaillances sans cela, c’est-à-dire que l’entrepreneur, d’un seul coup, du jour au lendemain ne paie plus son échéance, et on ne sait pas pourquoi. On a même des prêteurs qui se sont rendus dans une librairie qui ne paie plus depuis 2 mois, pour se rendre compte si la librairie était toujours ouverte. Eh oui, elle était toujours ouverte ! Donc, là, on peut penser que c’est une certaine forme d’escroquerie, quoi.

A : En France, que représente le crowdlending en millions d’euros ?

M : Aujourd’hui, c’est un tout petit marché, puisqu’il représente… Là, on devrait finir le mois d’aout à 45 millions d’euros. Au regard des 80 milliards ou 100 milliards de financements des entreprises en France, c’est une goutte d’eau. Et c’est un marché qui est, là au cours de l’année, fait fois trois par rapport à l’année dernière. Aujourd’hui, il y a une quinzaine de plateformes actives. Je dirai qu’il y en a 3 ou 4 qui, vraiment, ont financé un ou plusieurs millions d’euros. Il y a aujourd’hui un leadeur sur ce marché qui est Lendix. Il y a la première plateforme qui fait toujours partie des leadeurs, qui s’appelle Unilend, et il y a les nouveaux acteurs qui commencent à grossir comme Credit.fr, par exemple, ou Lendopolis qui appartient au groupe KissKissBankBank. Et, après, il y a une multitude de petites plateformes qui font des collectes tous les mois, mais qui sont loin d’atteindre les seuils de rentabilité. Pour vous donner une idée, le seuil de rentabilité d’une plateforme, c’est 100 millions d’euros financés chaque année. Quand je vous disais tout à l’heure que le marché fait 45 millions sur les huit premiers mois de l’année, ça veut dire qu’il est clair qu’il n’y a aucune plateforme aujourd’hui rentable. Donc, elles vivent de levée de fonds.

A : Est-ce qu’il pourrait y avoir vraiment une place importante, voire qui pourrait à terme inquiéter les banques dans le financement de l’économie réelle ?

M : Je ne suis pas devin. Après, inquiéter les banques, je pense qu’on en est encore assez loin, c’est-à-dire que le crowdlending peut représenter 10 milliards ou 15 milliards par an, ça ne serait déjà pas mal. Pourquoi ça ne fonctionnerait pas si les plateformes jouent leur rôle, choisissent bien les dossiers, qu’il n’y ait pas beaucoup de défauts ? Encore une fois, c’est, à mon sens, c’est vraiment le taux de défaut qui va faire que ce marché se développe ou pas.

 

 

Les particuliers qui prêtent aux entreprises, ça s’appelle le crowdlending, un petit marché en pleine croissance. C’était le reportage de Sophie Delpont.

Tous les samedis, à partir de 9 h. On n’arrête pas l’éco. Alexandra Bensaid.

 

On en parle sur le forum : http://www.crowdlending.fr/forums/sujet/le-crowdlending-sur-france-inter/

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