Crowdlending, Crowdfunding, Crowdcrowding – Paris Fintech Forum – 28 janvier 2016

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Le 28 janvier 2016, j’ai eu la chance de modérer une table ronde sur le crowdlending et le crowdfunding lors de l’évènement Paris Fintech Forum organisé par Laurent Nizri. Nous avons pu échanger sur l’évolution du marché, les défauts de paiement, la présence des institutionnels, … Merci à Laurent de me laisser diffuser ce replay 😉

 

Les experts du crowdfunding

Laurent NIZRI a fait appel à des acteurs majeurs du crowdfunding (equity et prêt), notamment en France mais aussi en Espagne

  • Nicolas LESUR d’Unilend
  • Vincent RICORDEAU de Lendopolis / KissKissBankBank
  • Philippe DARDIER de Alternativa
  • Steeve FOGUE de Particeep
  • Alberto Sánchez Navalpotro de Inbonis

 

RDV au prochain Paris Fintech Forum

Si vous êtes comme moi passionné de Fintech et de crowdlending et que cette table ronde vous a plu, je vous donne RDV au prochain Fintech Forum qui se déroulera au Palais Brongniart les 25 et 26 janvier 2017. Pour être informé de l’ouverture des inscriptions (et payer moins cher), inscrivez vous sur le site http://www.parisfintechforum.com/

 

Les points de vue de chaque participant sur le crowdlending et le crowdfunding

 

Mathieu : Bonsoir à tous ! Le sujet de la table ronde, c’est crowdfunding, crowdlending, crowdcrowding. Alors, on a des intervenants autour de la table qui représentent un petit peu toutes les formes de crowdfunding, à la fois crowdlending, crowdfunding, dont KissKissBankBank, Vincent Ricordeau qui va arriver, et crowdlending. On va d’abord commencer.

 

Est-ce qu’on peut considérer qu’une plateforme de crowdfunding, crowdlending est vraiment une FinTech ? Est-ce qu’on a en fait notre place ici quand on dit une plateforme de crowdfunding ? Parce que, est-ce qu’il y a vraiment de la techno, est-ce que ce n’est pas que Fin et pas Tech. Est-ce que vous pouvez donner votre point de vue là-dessus ?

 

Alberto : Bonsoir à tous ! Bonsoir. Moi, je suis Alberto Sànchez Navalpotro, CEO de INBONIS, financeur et spécialisé dans la PME en Espagne. Mathieu, à ta question, je pense qu’une plateforme n’est pas forcément une FinTech, c’est-à-dire, c’est du négoce, il s’agit juste d’intermédier, on n’apporte pas grand-chose. Et je pense qu’on doit investir pour créer une nouvelle manière d’analyser le risque ou de traiter l’information sans rupture des charges pour être capable, de manière rentable, d’analyser les petits prêts. C’est là où il y a du grand désavantage qu’on a par rapport aux banques. C’est qu’on a juste un seul produit, donc, soit on investit, soit on meurt. INBONIS est tout à fait une FinTech dans la mesure où on a créé une nouvelle manière d’analyser le risque qui s’est… pas nouvelle, elle n’est pas nouvelle en fait, c’est qui faisait les banques mutualistes comme il a été évoqué tout à l’heure. Et en fait, on mesure la confiance qu’un chef d’entreprise génère dans son entourage commercial en les interrogeant. Et, ensuite, on a énormément investi dans la plateforme pour, sans rupture des charges, arriver en préanalyse. On n’a pas chez nous des équipes de saisie ou de préparation de dossiers, les dossiers arrivent juste, déjà préscorés à l’analyse des risques, qui est capable de…, qui a envie de conférence avec des clients, et derrière il y a une décision. Il n’y a pas de processus compliqué. Ça, ça nous permet d’assurer un prêt de 50 000 €, et les commissions faibles que l’on charge pourraient être une des markets à être rentable.

 

Steve : Bonjour à tous ! Je suis Steve Fogue. Donc, je suis Président de la société Particeep. Particeep, c’est un éditeur de solution prêt à l’emploi pour les acteurs du crowdfunding, mais également d’applications qui peuvent être intégrées et qui permettent à ces acteurs de faire évoluer leur plateforme, et proposer un service à valeur ajoutée à leurs différents clients. Le crowdfunding, Alberto l’a bien dit, c’est avant tout de l’intermédiation, c’est de l’intermédiation digitalisée en quelque sorte. Et donc, pour que ces acteurs du crowdfunding puissent fournir à la fois un service de meilleure qualité, à la fois aux porteurs de projets, mais également aux investisseurs qui ont besoin de diversifier leur patrimoine, il faut qu’il se dote d’outils. Et donc, pour pouvoir se doter d’outils, ils ont besoin de s’appuyer sur des acteurs technologiques qui leur mettent à disposition des solutions dans toutes les phases d’études ou d’investissement, donc à savoir, l’origination de dossiers, le crédit scoring, le coin investissement ou l’investissement lorsqu’on souhaite diluer les risques, et enfin, toutes les solutions de suivi de risque et d’assurance.

 

Philippe : Je te présente ALTERNATIVA qui est une plateforme qui est à la fois un marché AMTF au sens communautaire, donc c’est un marché pour la faire courte, et un crowdfunder Equity, crowdfunder Equity, on ne finance que des PME, soit sous forme d’obligations, soit d’actions, soit de convertibles. Pour revenir à ta question, donc on a passé toute une journée à parler de FinTech et de FinTech, je pense qu’on est tous plus ou moins dans la FinTech quelque part. La nature même du crowdfunding est quand même digitale, il faudrait quand même avoir tout outsourcé chez quelqu’un d’autre pour dire qu’on n’est pas une FinTech, d’une manière ou d’une autre. Alors, que le concept lui-même ne soit pas très précis, je suis d’accord, mais en même temps il ne faut pas pousser mémé dans les orties, quoi, voilà !

 

Vincent : Je m’appelle Vincent Ricordeau, je suis le cofondateur de KissKissBankBank & cie, qui est leader français du financement participatif avec presque 50 millions d’euros collectés sur trois plateformes. Il y en a une qui s’appelle KissKissBankBank, la plateforme de don contre don, une deuxième qui s’appelle Hellomerci, qui est une plateforme de social lending, donc de prêts solidaires, et une troisième que nous venons de lancer cette année qui s’appelle Lendopolis, qui est une plateforme de prêt rémunéré. Alors, est-ce qu’on fait partie des FinTech ? Je pense que oui, une des familles des FinTech. Alors, quand on a lancé KissKissBankBank, le mot crowdfunding existait à peine, et le mot FinTech n’existait pas encore tout à fait. Je pense que c’est bien de regrouper dans une même chapelle l’intégralité on va dire, des initiatives qui viennent un peu en rupture avec la finance traditionnelle. Et donc du coup, je pense qu’à ce titre effectivement, on peut arranger les sociétés de crowd au sens large dans la grande famille des FinTech.

 

Nicolas : Bonjour à tous ! Donc, je m’appelle Nicolas Lesur, je suis le fondateur d’Unilend qui est la première plateforme en France de financement participatif sous forme de prêts rémunérés pour les TPE et les PME. Pour répondre à ta question, en fait, non, mais tu vois, je vais dire oui, oui, mais en fait on s’en fout, tu vois ce que je veux dire. On fait un métier, dans quelle case on se met ! On est dans la case que vous voulez, quoi. Je veux dire, moi, je n’ai pas l’impression de faire de l’agriculture, donc, je pense qu’on fait de la FinTech, je suis certain qu’on fait du crowdfunding, après le reste, c’est un peu de la littérature, tu vois ce que je veux dire. Je pense qu’il y a beaucoup de FinTech qui n’en sont pas, il y a beaucoup de banques qui sont en fait des FinTech sans le savoir. Enfin, c’est un truc qui est un peu générique pour moi. La seule remarque que je ferais sur les FinTech, au risque d’être un peu bizarre aujourd’hui. C’est que je pense qu’il y a une inspiration générale à une forme de renouvèlement dans la finance. Il y a plein de choses…, il n’y a pas que la crise hein ! De toute façon, il ne faut pas faire des métiers financiers si on veut être aimé. Si vous voulez être aimé, il faut être chanteur ou footballeur, il ne faut pas être banquier ou des trucs comme ça. Mais on est en train de dire aux gens, on va réinventer la finance que tu n’aimes pas avec la technologie qui te fait peur. Donc, je ne suis pas sûr que FinTech soit super vendeur pour le grand public, voilà. Donc, c’est une petite remarque personnelle, c’est un joli petit label pour les fonds d’investissement puisque ça fait rêver en ce moment. Est-ce ça durera ? Est-ce que c’en est vraiment… pff, en fait, je m’en fous.

 

Est-ce que, pour que ce marché se développe ? En tout cas pour qu’il progresse, est-ce qu’on doit rester sur des prêteurs particuliers, des investisseurs particuliers ? Est-ce qu’on doit plutôt s’orienter vers des investisseurs, est-ce qu’on doit faire un mixte des deux ?

 

Mathieu : Merci. Vincent partage un peu le même avis, j’ai l’impression. Alors, dans l’évolution, aujourd’hui, crowdfunding, crowdlending, on parle de quelques dizaines de millions d’euros, des centaines de millions d’euros peut-être, tout petit, marché tout petit, beaucoup d’acteurs. Est-ce que vous pouvez nous donner votre point de vue là-dessus ? Déjà, pour que le marché évolue et grossisse, et d’un point de vue peut-être des investisseurs eux-mêmes, est-ce qu’ils sont contents d’avoir des institutionnels à leur côté ou est-ce que ça leur fait peur, voilà. Je ne sais pas qui veut répondre en premier.

 

Àlberto : Pour donner la vision au sud des Pyrénées, ça dépend du marché en fait, et de l’appétit, et la culture. Prêter, c’est quelque chose de très culturel existant dans chaque pays. En Espagne, par exemple, on sent qu’il n’y a pas beaucoup d’appétit. Ce n’est pas une classe d’actifs très méconnue du grand public, donc qui est le peer to lending, je ne sais pas, ce n’est pas… Du coup, c’est un milieu institutionnel. En revanche, le monde des pleins de liquidité. Mais je voulais un peu revenir sur la question de la technologie, parce que pour moi, Nicolas, c’est assez important. Parce qu’aujourd’hui, oui, on peut exister, on évangélise un marché, on désintermédie les banques. Mais bon, dès que ça va commencer à fonctionner, il y a les grands qui rentrent. Côté financier, Goldman Sachs qui est en train de se préparer, et de se lancer carrément là-dedans, donc, c’est des gens qui ont de l’accès en capital. Ensuite, il y a les Amazon, Alibaba qui commencent à entrer, qui ont de l’accès à des clients. Or nous, on a accès au capital d’une manière très chère, le cout d’acquisition client est très élevé, donc si on n’est pas FinTech, et on ne développe pas un outil qui permet de manière plus rentable, plus prédictible d’analyser un risque et de servir un client, du coup, je pense qu’on peut exister aujourd’hui, mais peut-être dans 5 ans, ce n’est plus. Donc, je reviens sur l’importance de Tech. Carrefour market online, est-ce que c’est une FinTech ? Bon bien, ça c’est…

 

Vincent : On est dans la Vielle Europe, et on le voit bien sur les pionniers du crowdfunding dont on fait partie aujourd’hui. On s’est lancé la même année que Kickstarer. Aujourd’hui, on est en train de dépasser 45 millions d’euros, et ils ont dépassé les 2 milliards de dollars. Idem, sur le lending… existe depuis 2 ans, si vous regardez les performances de Funding Circle en Angleterre sur ces deux mêmes années, c’est le même différentiel qu’il y a avec Kickstarter. Donc, il y a quand même deux mondes : il y a le monde des FinTech anglo-saxons, et puis il y a la Vielle Europe qui essaie de se débattre dans ses contradictions. On a eu la version « risques », on a eu la version « la nouveauté ». Le mot argent est très bizarrement perçu dans les sociétés, le mot « entrepreneuriat », ça va mieux, mais ce n’est que le début. Donc, mécaniquement, on a un travail de pédagogie gigantissime à faire, et qui va durer longtemps. Et donc, je pense qu’il ne faut pas s’attarder… Enfin, c’est intéressant d’analyser la petitesse du marché aujourd’hui, mais il faut être capable de voir ça sur la durée, et d’être capable à la fois de déployer de la technologie, je te rejoins complètement, c’est primordial pour avoir accès à ces nouveaux produits. Mais en même temps, être capable d’être assez persuasif, et sur la longueur, sur notre force de persuasion, à faire en sorte que les Européens changent leur attitude, et leur vision de l’argent, et de la façon qu’ils gèrent l’argent. En France, on est un pays où il y a des liquidités à ne plus savoir quoi en faire. Elles sont quasiment toutes dans une assurance vie qui ne rapporte quasiment rien à personne, enfin, sauf à ceux qui les vendent. Et cet argent-là, je pense qu’à force de « huile de coude » et de travail, petit à petit, on arrivera à éduquer les Français, au moins les générations qui arrivent à migrer cette épargne vers des produits qui sont plus novateurs, et peut-être qu’il y aura un impact plus important dans l’économie réelle, et qui remontent un peu moins vers les marchés. Et nous, on est là depuis 2009, donc ça fait maintenant très longtemps, et on sent les choses bouger, mais on sait aussi qu’elles bougent lentement, et on est prêt à travailler sur la longueur. Quant aux accointances, aux tentatives de récupération avec les acteurs de la finance traditionnelle, ce sera à chaque entrepreneur en fonction de ses objectifs, en fonction de ses valeurs mêmes je dirais, de voir à quel point il a envie d’être rattrapé ou d’être en collusion ou en complémentarité ou voire avalé par l’acteur de la finance traditionnelle.

 

Nicolas : Oui, je partage beaucoup de ce que tu viens de dire, enfin, tu le sais. Moi, je voudrais rajouter un truc, parce qu’en fait, je vois ce que tu veux dire sur le cout d’accès au capital, et en fait, je ne suis pas du tout d’accord. C’est le grand truc de Renaud Laplanche, il a dit l’autre jour dans FT. Et en fait, ce n’est pas vrai, on a un coup d’accès au capital qui est exactement le même que les banques, voire même moins cher, parce que nous, on n’a pas le ratio prudentiel. Donc, on n’a même pas besoin d’avoir des fonds propres pour l’accès au capital. Donc, en fait si on fait bien le job d’un côté, et de l’autre côté, il vient le capital. Après, le sujet sur les particuliers, c’est qu’évidemment avec la fiscalité, les taux d’intérêt sont nécessairement plus élevés, donc la vraie différence, c’est que le cout du capital pour le funding qui vient des particuliers, tu es obligé de doubler le taux d’intérêt pour compenser l’effet de la fiscalité, ce que tu n’as pas quand tu es une banque. Donc ça, c’est un sujet sur lequel il faut que nous, on travaille collectivement auprès des pouvoirs publics pour faire comprendre ça assez rapidement, parce que sinon, on va arriver à des conclusions qui vont être que c’est beaucoup plus simple de le mettre dans des fonds plutôt que de le faire en direct, je ne dis pas que c’est mal dans le mettre dans des fonds, je pense que c’est sain pour donner accès à un certain nombre de gens sur sa typologie de financement. Mais, je pense qu’il faut profondément conserver la capacité de chacun de pouvoir intervenir en direct, parce que c’est ce qui fait la valeur du « peer to peer ». J’observe juste que Zopa qui est le créateur de ce métier au Royaume-Uni en 2005, et qui a atteint l’année dernière le milliard de Livres sterling financé, quasiment, exclusivement, avec des particuliers. Donc, il n’y a pas une fatalité à aller chercher les institutionnels, je pense qu’en revanche, il y a un risque à aller trop vite chercher des investisseurs institutionnels pour essayer de gagner du temps. Et comme par hasard, les investisseurs institutionnels, ils sont prêts à aller vite sur classes d’actifs, c’est ceux qui ne sont pas des investisseurs institutionnels longs, comme les assureurs vie. C’est ceux qui sont plutôt dans la mouvance Hedge fund, et qui ont donc des préoccupations de beaucoup plus court terme, et qui peuvent arriver très vite, mais repartir tout aussi vite, qui peuvent, eux-mêmes se… derrière. J’observe d’ailleurs que Lending Club a eu, à mon sens, raison, enfin, je ne permettrais pas de donner un jugement sur le grand Lending Club, mais de mon point de vue, je trouvais ça intelligent de refuser justement des fonds qui feraient du levier derrière, parce que ça fait porter dans la plateforme un risque systémique qui est, alors que la plateforme, elle est faite précisément, c’est l’intérêt de ce système, pour éviter le risque systémique du manque bilanciel. Je rappelle que, à mon sens, la grande vertu de nos systèmes de marketplace, c’est qu’on alloue des ressources avec des emplois, sans transformations, et sans effet de levier. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, on n’a pas la même régulation que les établissements de crédit, c’est logique puisque de toute façon, on ne fait pas porter au système un risque de transformation, un risque de liquidité, qui a tétanisé tout le monde en 2008, puis en 2011, et peut-être demain encore. Et c’est aussi la raison pour laquelle d’ailleurs, le développement de notre métier est bien encouragé par les pouvoirs publics, y compris ici même, parce que c’est quelque chose qui est probablement plus sain qu’un système bilanciel dans lequel on met le risque, complètement dans quelques établissements, qui, de ce fait, peuvent poser problème « too big to fail », enfin, vous connaissez l’histoire. Donc, à mon avis, la question de savoir s’il faut des particuliers ou des institutionnels, elle est malheureusement un peu plus subtile que ça. Je pense que c’est sain pour une plateforme qui se développe d’avoir une diversité de typologie de prêteurs, parce que dans tous les marchés qui ont de la liquidité et de la profondeur, et c’est ce qu’on est en train de créer, le fait qu’il y ait des acteurs avec des horizons d’investissements différents, des comportements et des aversions risques différentes, ça permet une certaine stabilité de ce qu’on va appeler le passif, c’est-à-dire la partie des prêteurs. C’est-à-dire que, si demain, les particuliers, pour plein de raisons : choc fiscal, récession… ils ne veulent plus prêter, on serait peut-être content de trouver des institutionnels. À l’inverse, si les institutionnels ne veulent plus prêter, alors on sera content de trouver la stabilité des prêteurs particuliers. Nous, notre métier, c’est d’assurer le fait que l’argent circule d’une partie vers l’autre de manière la plus stable possible. Moi, j’ai passé 15 ans dans des métiers qui sont proches du marché financier, j’ai vécu le crack de l’abus d’internet, j’ai vécu la crise de 2008, je peux vous dire que quand le marché se retire, c’est comme la mer, comme dirait Warren Buffet, qu’on voit les gens à poil. Et donc, il faut avoir sa stabilité. Je pense que la stratégie de financement du passif de ces plateformes, donc des prêteurs, particuliers, institutionnels et autres, elle est fondamentale, et elle doit être vraiment, murement réfléchie par celui qui promeut la plateforme. La dernière chose, si je peux juste me permettre, c’est qu’après, c’est aussi une question de savoir quel est le métier qu’on fait. On peut être un asset manager et gérer un fonds de dette. Ce n’est pas un problème, il y en a plein. On peut être une banque d’affaires et faire de l’émission obligataire. On peut être un direct lender comme OnDeck, et avoir un bilan, ou éventuellement être un leaser comme… Allianz, etc. Nous, on est des marques, à mon sens, en tout cas, ce que fait Unilend, c’est une marketplace. Dans une marketplace, il y a deux parties, et nous, notre rôle, c’est d’organiser les relations entre les deux parties dans un certain équilibre, donc, c’est quelque chose qui est très compliqué, mais c’est ce qu’on essaie de construire.

 

Mathieu : Et Philippe, pour avoir un point de vue différent au niveau Equity, est-ce qu’on voit des premiers partenariats entre les plateformes… ?

 

Phillipe : Alors, comme le disait à l’instant Vincent, le monde français de l’investissement, je n’aime pas le mot « européen », il y a beaucoup trop d’hétérogénéité en Europe. L’Europe du Nord, par exemple, les Pays-Bas n’a rien à voir avec la France, etc. Et qu’on est quand même dans un cadre qui est très lourd, et qui, je vais dire, est même complètement englué dans une idéologie compliquée par rapport au capital, etc. J’aimerais vous rapporter deux, trois petites anecdotes pour l’histoire. En 1914, la première bourse mondiale était la bourse de Paris. On finançait l’Empire ottoman, l’Empire Russe, on avait des valeurs étrangères sur la cote il y a 30 ans, et tout ça. En 1945, on a nationalisé la moitié de notre industrie, Renault, d’autres groupes. Et depuis une vingtaine d’années, on sent une espèce de mainmise des banques ou plutôt des banques en collusion avec des assureurs pour donner des cadres d’investissement. On en est à un point aujourd’hui, je prends un exemple qui n’est pas le mien celui de l’Equity, mais celui du taux, vous prêtez à 6 % sur une plateforme, après l’impôt sur le revenu et les CSG, CRDS, vous vous trouvez à un niveau inférieur de ce que vous avez sur une espèce de compte d’assurance vie en rémunération. L’acteur est rationnel, il va là où il y a moins de risque, il y a plus de sécurité, tout ça. Donc déjà, il y a une réflexion à faire sur la fiscalité du patrimoine, et je dirai aussi, sur la fiscalité de l’individu. Alors, aujourd’hui, on nous dit, vous avez beaucoup d’incitations fiscales. Pour moi, les incitations fiscales sur les investissements, notamment ISF PME, IR PME, vous avez sur les petites incitations, on dit, il faut investir purement dans une valeur, etc. C’est une prime à l’illiquidité. Vous mettez de l’argent, vous ne savez pas quand vous le sortez. Il ne jamais l’oublier ça. Donc, il faut complètement repenser notre approche au risque. Moi, je pense qu’elle vient par une fiscalité meilleure, on a aussi aujourd’hui beaucoup parlé des entrepreneurs, les entrepreneurs, c’est des acteurs comme les autres. Ils ne sont pas tous faciles. Et les impayés, c’est des gens qui ne sont pas d’accord avec leur contrat, qui viennent vous revoir dans tous les sens. Donc il ne faut pas avoir une vision angélique du monde, il faut aller sur les secteurs objectifs, c’est-à-dire, une baisse de la fiscalité de l’individu et du patrimoine. Aujourd’hui, on regarde les chiffres que tu publies notamment, crowdlending en France, c’est 31 – 32 millions grosso modo. Nous, on estime l’equity en France à 22 millions, equity pur hein, je ne parle pas de financement immobilier et tout ça. En Angleterre, Crowdcube fait 100 millions de livres. On a commencé au même moment. Alors, peut-être qu’on est plus bête, on est moins bon et tout ça. C’est possible hein. Bon, le rapport de 1 à 10 est quand même énorme. En Angleterre, par exemple, l’an dernier, les chiffres de la Communauté européenne, on dit que, seule la finance alternative, notamment de CrowdFin, il y avait 2,3 milliards de montants qui ont été financés dans l’Union européenne et l’espace économique européen, donc c’est l’Europe plus la Norvège, deux, trois autres pays, et c’est 2,3 milliards dont 2 milliards en Angleterre. Donc, il y a quand même quelque chose qui ne va pas très bien en Europe continentale, à la fois au niveau de la culture. Moi, je dis fondamentalement, les gens ne sont pas plus bêtes ici qu’ailleurs et c’est plutôt un cadre où il faut flécher ou ôter les réserves qu’on a sur ces choses-là. Pour revenir sur la question de l’institutionnel et du particulier. En réalité, moi, je pense qu’il faut beaucoup de diversité sur une plateforme pour financer. Parce qu’il faut beaucoup de pools de liquidité différents pour ne pas avoir un risque systémique. C’est-à-dire qu’il faut du particulier, il faut de l’institutionnel, il faut du family office. Il faut des gens qui ont des perspectives différentes sur un investissement donné. À fortiori, sur une action ou sur une prise de participation d’une société, dans laquelle il y a un élément de gouvernance, qui est très important, et qui n’est pas tout à fait transférable par rapport aux plateformes de taux, c’est moins uniforme qu’un taux. Je pense qu’il est important que tout le monde s’éduque. Aujourd’hui, on dit, on va chercher des fonds et tout ça, il faut aller vers le particulier, vers les acteurs, on va dire semi-institutionnels, semi-particuliers, et on rentre surtout aujourd’hui en France. Le gros problème, ce n’est pas tellement l’appétit du risque, je crois que les gens sont prêts à prendre des risques, mais c’est la rémunération du risque, voilà.

 

Steve : Alors, sur la taille du marché, effectivement du crowdfunding, c’est vrai qu’en France, on doit vraiment éduquer, on va dire les épargnants à prendre ce risque-là. Et je pense que tout peut se résumer également à deux problématiques. La première problématique, on l’a dit, c’est cette culture et cette rationalité face à l’argent et la prise de risque, et la deuxième chose, c’est la collaboration entre ces acteurs du crowdfunding et les réseaux de distribution des banques, CGP et autres, qui ont justement accès à ces épargnants. Il faut savoir qu’aujourd’hui en France, si on regarde les investisseurs en ligne, il y en a à peu près 3 millions qui investissent en ligne tout compris, c’est-à-dire qu’on prend les crowdfunders, les boursiers coteurs, etc. Donc, on voit déjà que sur l’ensemble des épargnants français, la culture de l’investissement en ligne et la culture de la désintermédiation, n’est pas quelque chose d’assez poussé. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si, comme Nicolas le disait, on veut toucher l’ensemble des épargnants français, et garder cette vocation même du crowdfunding, il faut qu’à un certain moment, on puisse s’appuyer sur les réseaux de distribution des banques, et arriver à échanger de l’information de façon plus ou moins intelligente pour que ces acteurs qui ont toujours ce rapport avec leur banquier, qui ont ce besoin de conseils, etc., puissent accéder aux plateformes de crowdfunding par ce biais-là.

 

Les premiers défauts de paiements sur le lending. On voit qu’il n’y a pas beaucoup de sorties sur l’equity.Les investisseurs ont investi, et ils n’arrivent pas à sortir, donc est-ce que vous pouvez rapidement, en 3 minutes chacun, me donner vos points de vue là-dessus ? Est-ce que les premiers défauts ont fait fuir les prêteurs, par exemple, particuliers ? Est-ce que ça a créé une vague ou un creux dans ce marché par exemple, enfin, c’est normal qu’il y en ait, mais voilà, est-ce qu’il y a eu trop ?

 

Vincent : Je pense que si le risque est bien marketé sur nos plateformes, et que si tout le monde sait d’entrée suivant les workflows divers et variés, sur le don d’ailleurs, il y a aussi un risque sur le don, que ce soit sur l’equity ou sur le prêt, alors les gens le comprennent bien, il n’y a pas d’incident là-dessus. Cache derrière un peu ton petit doigt, et essaie de faire croire qu’on est dans un monde de Bisounours où les placements sont assurés, eh bien, ça ne fonctionne plus, on avait eu un défaut sur Lendopolis depuis le début, on n’a pas eu d’impact sur les prêteurs. On a sur KissKissBankBank, sur 15 000 projets présentés, 7 000 projets ont été financés, il y a des projets qui n’ont pas donné leur contrepartie, il y a la même zone de risque. À partir du moment où c’est bien marketé, c’est bien dit, les gens acceptent. Par contre, on est tous d’accord avec ce que tu disais, c’est que le risque n’est pas assez rémunéré, ce qui explique que pour l’instant, on a des volumes qui sont finalement assez légers. Mais tant qu’on continue à être transparent, qu’on continue à éduquer les gens pour que les montants investis soient diversifiés au maximum. Moi, j’incite souvent d’ailleurs, lorsque je suis interviewé, les prêteurs à aller sur plusieurs plateformes les premières années pour diversifier leur risque au maximum, avant de choisir finalement la plateforme qu’ils préfèreront. Donc, encore une fois, c’est une logique d’éducation, et toutes les plateformes, sincèrement, la majorité l’est. À partir du moment qu’on markète correctement le risque, et qu’on est transparent, alors il n’y a pas d’effets négatifs sur les échecs.

 

Et en Equity, on ne voit pas de sorties positives, en tout cas très peu. Est-ce que tu as un point de vue ?

 

Philippe : Oui, nous, on est à peu près une grosse cinquantaine de sociétés cotées sur un montant de 82 transactions, donc on a eu des levées successives. On a eu à peu près 5 sorties, deux par le marché, une qui a fait un montant assez obscène du type 260 %, c’était en 2011, une autre qui était un peu plus aussi par le marché, donc, achat/vente sur le marché. Et les trois autres, c’est les fonds qui ont vu ce qui était coté, se sont approprié l’investissement, et ont investi au prix qui était coté sur la plateforme. Alors, par rapport au produit de taux ou le don ou le reward, quelle est la promesse sur l’Equity. La promesse sur l’equity, c’est la sortie. Nous, notre thèse, c’est qu’il faut un marché. Alors, un marché, ce n’est pas toujours liquide, mais au moins, c’est l’espérance d’avoir un cadre, de l’information, et une possibilité de sortie. Parce qu’on travaille quand même sur les produits très risqués et compliqués. On avait à peu près une quinzaine, on a eu de la casse, hein, il ne faut pas se leurrer si c’est les produits à haut risque, et nous, on ne fait que les PME. Les start-ups, c’est pire. Les taux de casse sont énormes sur les start-ups, mais il faut que d’entrée de jeu, je suis tout à fait d’accord avec toi, il faut éduquer, en tant qu’industrie, tout le monde au risque. Et quand on aura éduqué tout le monde au risque, il faudra éduquer tout le monde au retour. Et ça se passera ici, dans ce magnifique bâtiment, j’espère, parce qu’ils baisseront ou ils changeront la fiscalité. Mais, en equity, en instrument financier, il faut un cadre pour une sortie. Si c’est du gré à gré, on peut dire tout ce qu’on veut, c’est super compliqué pour sortir. Les pactes d’actionnaires, ça se casse, on se retrouve au tribunal pendant 3 ans, on n’en sort pas. Un marché, c’est ce qu’il y a de mieux. Vous voyez, dans les pays anglo-saxons, ça marche mieux, et je conclurais là-dessus. L’OCDE dit qu’un pays qui a une capitalisation boursière qui augmente de 10 %, une capitalisation boursière d’actions cotées, voit son PIB augmenter de 0,2 par an pendant 5 ans. Le pays qui a du prêt bancaire qui augmente de 10 % par an par rapport à cette taille du PIB, a son PIB qui se contracte de 0,1 par an, donc, quelque part, ce n’est pas contre les taux, c’est si on a les actions, il faut les coter, parce qu’il faut de la liquidité et monétiser l’actif, et quand on a des prêts qui sont tout à fait adaptés, c’est pour d’autres formes de financement. Alors, il y a quelque chose qui me hérisse en France, c’est que vous voyez même des ministres, ils disent : « Les banques n’ont qu’à prêter plus pour financer ». On ne peut pas tout faire avec du prêt, on en a besoin. Il faut aussi des fonds propres. Et dans l’éducation qu’il faut apporter à tout le monde, il faut rentrer dans cette logique. Vous voulez faire de l’expansion ? C’est par les fonds propres. Si voulez avoir des lignes de crédits ou des projets industriels très dynamisés, c’est du loan, c’est des bounds. Il faut aussi éduquer tout le monde là-dedans, et nos politiques qui ont vraiment de gros problèmes avec ça, voilà.

 

M : Je suis désolé Philipe, hein. Parfait. Donc, merci à tous. On est pris par le temps, donc, tout se passe dans l’autre salle après. Merci à tous, et puis merci d’être venus pour cette table ronde.

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